ACV RE2020 : quand faut-il la réaliser ?

Quand un projet dépasse son seuil carbone, tout dépend du moment où on s'en aperçoit. À l'avant-projet, on a encore le choix des solutions. Au dépôt du permis, il reste surtout les plus chères.

5 septembre 2026ACV & carbone · Mise en œuvre

La marge de manœuvre d'un projet se referme entre l'avant-projet et le dépôt du permis
À chaque étape, une partie des décisions devient coûteuse à défaire. Au dépôt du permis, il ne reste que les leviers les plus chers.

Une ACV peut être réalisée à différents moments d'un projet. Selon le moment où elle intervient, elle ne sert pas exactement à la même chose.

Réalisée tôt, elle permet de comparer des solutions et de garder des choix ouverts. Réalisée à la fin, elle sert surtout à vérifier la conformité réglementaire du projet.

Et quand un projet est proche de son seuil réglementaire, le moment où on fait l'ACV peut changer beaucoup de choses.

Les étapes d'un projet RE2020, de l'avant-projet à la construction, et ce que l'ACV permet à chacune : comparer, ajuster, vérifier la marge, attestation Bbio au permis, vérification de l'Ic construction à l'achèvement
Plus l'ACV arrive tôt dans ce déroulé, plus elle sert à décider.

Ce que l'ACV mesure

L'ACV RE2020 calcule l'impact carbone du bâtiment sur 50 ans. Elle donne deux indicateurs. L'Ic énergie porte sur les consommations d'énergie. L'Ic construction porte sur les produits de construction, les équipements et le chantier.

Elle sert d'abord à vérifier que le projet respecte ces seuils. Mais elle peut aussi servir à comparer plusieurs solutions avant de choisir. C'est là que le moment de l'étude devient important.

À l'avant-projet, les choix sont encore ouverts

Au début d'un projet, la forme, la surface, la structure, les fondations, les matériaux et les équipements peuvent encore évoluer.

Une première ACV peut alors comparer plusieurs variantes. Par exemple :

  • structure maçonnée ou ossature bois ;
  • vide sanitaire ou dallage sur terre-plein ;
  • avec ou sans sous-sol ;
  • plusieurs isolants ;
  • les équipements de chauffage et d'ECS.

L'objectif n'est pas forcément de retenir la variante qui affiche le moins de carbone. Il faut aussi regarder le coût, les performances, les habitudes des entreprises et les contraintes du projet.

L'ACV apporte une information de plus pour arbitrer ces choix.

Plus le projet avance, plus les choix se ferment

Quelques semaines plus tard, le plan est arrêté. Les matériaux sont choisis. Les entreprises sont consultées. La maison est chiffrée.

L'ACV reste utile, mais on ne peut plus tout modifier aussi facilement.

Changer un matériau peut demander de refaire un devis. Modifier la structure peut toucher plusieurs lots. Reprendre la géométrie peut remettre en cause une partie du projet.

Réglementairement, rien n'est encore perdu. L'attestation déposée avec le permis porte sur le Bbio, et l'Ic construction est vérifié à l'achèvement.

Mais certaines décisions ne sont déjà plus possibles.

Et une fois le contrat signé ?

Chez un constructeur, le prix est fixé à la signature du contrat, souvent avant le dépôt du permis. Si l'ACV arrive après, chaque correction peut se faire au détriment de la marge.

À ce stade, l'ACV répond surtout à une question :

« Est-ce que le projet est conforme ? »

C'est indispensable. Mais il devient beaucoup plus difficile de répondre à la question suivante :

« Comment faire si le projet n'est pas conforme lorsque le PC est déposé et les entreprises consultées ? »

Les choix sont déjà faits.

Une première ACV n'a pas besoin d'être définitive

Faire une ACV tôt ne veut pas dire refaire une étude complète à chaque étape.

Je fais une première évaluation dès que les grandes caractéristiques du projet sont connues. Je l'affine ensuite, à mesure que les matériaux et les équipements se précisent.

L'objectif est de savoir où on en est et quelle marge il reste avant que tout soit verrouillé.

Deux projets, le même dépassement

Prenons deux projets qui dépassent leur seuil de la même façon.

Dans le premier, le problème est repéré pendant la conception. Il reste plusieurs solutions possibles.

Dans le second, il est découvert une fois les plans terminés, les devis faits et les choix techniques arrêtés.

Le résultat réglementaire est le même. Mais pas la situation du projet.

Dans un cas, on peut encore choisir. Dans l'autre, il faut corriger, souvent avec moins de marge de manœuvre et des coûts plus élevés.

Alors, quand réaliser l'ACV ?

Il n'y a pas de date unique. La règle que je donne est simple :

Plus l'ACV arrive tôt, plus elle peut servir à décider.

Sur un projet neuf, je conseille une première évaluation dès que la surface, la forme, la structure et les systèmes sont à peu près définis. Elle s'affine ensuite avec le projet.

Deux façons de travailler se distinguent assez clairement.

Dans la première, l'ACV arrive à la fin : > Concevoir → choisir → chiffrer → faire l'ACV → vérifier

Dans la seconde, elle suit le projet : > Concevoir → mesurer → comparer → ajuster → valider

Dans le second cas, les décisions sont prises avec une meilleure visibilité sur leur impact carbone.

Pour un constructeur, préparer la gamme

Un constructeur vend souvent le même modèle plusieurs fois. L'ACV peut alors servir à comparer plusieurs versions d'un même modèle : surface, isolants, structure, système de chauffage.

Au fil des projets, on identifie les modèles qui ont peu de marge, les postes qui pèsent le plus et les solutions qui permettent de rester sous le seuil.

C'est d'autant plus utile que les seuils baissent par paliers. Pour une maison individuelle, l'Ic construction maximal moyen passe de 530 à 475 kg éq. CO2/m² pour les permis déposés à partir de 2028. Un modèle qui passe juste aujourd'hui peut ne plus passer dans deux ans.

Quelques modèles représentatifs peuvent donc être étudiés à l'avance. Cela permet de repérer les points sensibles et de préparer les solutions avant d'être confronté au problème sur un projet réel.

Le travail se fait alors entre deux paliers, plutôt que dans l'urgence le jour où un modèle ne passe plus.

À retenir

Une ACV faite en fin de projet répond à une question : « Est-ce que mon projet passe ? »

Une ACV faite assez tôt répond aussi à celle-ci : « Comment concevoir ce projet pour respecter les seuils en gardant des choix et de la marge ? »

Pour un architecte, cela permet de faire entrer le carbone dans les arbitrages de conception.

Pour un constructeur, cela évite les mauvaises surprises en fin de chantier. Et cela permet de préparer sa gamme au prochain palier, sans attendre qu'un modèle ne passe plus.

Écrit par

Samuel Ninnin, ingénieur thermique, fondateur d'Inertia Ingénierie. J'accompagne constructeurs, architectes et particuliers sur leurs études RE2020 et ACV. Et je conçois, construis et exploite mes propres hébergements à Riverback Sanctuary, aux Philippines.

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